joi, 13 februarie 2020

3 FILME DE ROBERT BRESSON:1956 : UN CONDAMNÉ À MORT S'EST ÉCHAPPÉ; 1959 : PICKPOCKET; 1983 : L'ARGENT.

3 Filme de Robert bresson



1956 : Un condamné à mort s'est échappé
1959 : Pickpocket
1983 : L'Argent
1959 : PICKPOCKETL'HISTOIRE
« Ce film n’est pas du style policier.
L’auteur s’efforce d’exprimer, par des images et des sons, le cauchemar d’un jeune homme poussé par sa faiblesse dans un aventure de vol à la tire pour laquelle il n’était pas fait.

Seulement cette aventure, par des chemins étranges, réunira deux âmes qui, sans elle, ne se seraient peut-être jamais connues. »
ANALYSE ET CRITIQUE
Lorsque pour Pickpocket, Bresson écrit son premier scénario original, il ne se rend pas immédiatement compte des rapports qui se tissent entre celui-ci et Dostoïevski. C’est seulement après s’être aperçu des liens qui unissaient le parcours de Raskolnikov et celui de Michel qu’il décide de les accentuer et de faire de son film une sorte d’écho à Crime et châtiment. On voit dans cette anecdote que Bresson ne se voit pas en créateur omniscient, mais bien qu’il cherche, qu’il tâtonne, qu’il semble découvrir son œuvre au fur et à mesure qu’elle se crée. Certes, l’ombre de Dostoïevski plane sur Bresson et leur rencontre semblait évidente. Comme le cinéaste, l’écrivain creuse la matière même de son art à la recherche de l’âme de ses personnages. Avec Une femme douce en 1969 et Quatre nuits d’un rêveur en 1971, Bresson adapte directement Dostoïevski.
 
Louis Malle : « Pickpocket est le premier film de Bresson. Ceux qu’il a fait avant n’étaient que des brouillons. » Si c’est huit ans auparavant, pour Le Journal d’un curé de campagne, que Bresson commence à entrevoir clairement ce que doit être pour lui le cinéma et les moyens qui y mènent, c’est véritablement avec Pickpocket que Bresson se livre complètement à son cinématographe, marquant l’aboutissement des recherches du Journal et d’Un condamné à mort s’est échappé. Si Léonce-Henri Burel signe la photographie de ces trois films (succédant à Philippe Agostini), son travail sur Pickpocket est en accord total avec les volontés de Bresson. Si magnifique qu’elle soit, la photo est aplanie, abandonnant complètement les quelques recherches formelles esquissées sur les précédents longs métrages. Pour le Condamné, Bresson avait complètement abandonné la musique originale (Jean-Jacques Grünewald signait jusqu’alors les partitions de ses films) au profit de Mozart. Lulli succède à sa messe en ut mineur, et les passages musicaux se font plus parcimonieux, n’appuient plus vraiment les scènes fortes du film. Cette recherche du contrepoint n’en est qu’à son balbutiement, mais Pickpocket marque là encore une rupture définitive. Devenu auteur complet de son film, après avoir adapté Diderot et Bernanos, travaillé avec Giraudoux et Cocteau, ou s’être inspiré d’une histoire vraie et moralement saisissante pour le Condamné, Bresson s'affranchit du "bon sujet", d’un cinéma "littéraire". Il ne choisit pas une histoire forte et bâtit son film sur les sensations, le vide, la répétition, le silence. C’est par des moyens purement cinématographiques qu’il va faire ressentir au spectateur le sujet, les personnages, la morale.
 
On ne connaît pas les raisons qui ont amené le héros à voler et on ne le voit jamais utiliser le fruit de ses larcins. Il porte toujours le même complet usé, vit toujours dans une mansarde délabrée. « Il ne faut pas filmer les causes, mais les effets. » Cette succession de vols nous laisse interdit. Il y a quelque chose d’indicible dans ces actes, d’obscur. Et c’est par sa mise en scène, sans l’aide de discours, que Bresson va nous faire ressentir le cœur du film. Ressentir avant de comprendre. Les scènes de vol sont d’une puissance implacable. Un suspens, une tension incroyable les parcourt. L’angoisse nous étreint tout au long du film. Pickpocket est un film de regards et de gestes. Les portefeuilles circulent de main en main dans un véritable ballet. Ainsi la scène de la gare est complètement euphorisante. On sent la tension, mais en même temps la jouissance du vol réussi. On est parcouru de frissons de peur et de plaisir mélangés. C’est une expérience sensorielle rare à laquelle nous convie le cinéaste. Pickpocket est peut-être le film qui saisit le mieux le plaisir du vol, de la transgression. « Ce qu’il a obtenu d’un débutant tient du miracle. Car, non seulement il a formé à l’escamotage des portefeuilles de longues mains qui pourraient être celles d’un pianiste mais encore il a communiqué à son héros l’espèce d’épouvante d’être un animal qui guette sa prise et redoute d’être guetté par elle. » (Jean Cocteau à propos de Pickpocket, dans Du cinématographe). C’est également, comme la majorité des films de Bresson, un magnifique portrait de la jeunesse. A travers l’itinéraire de Michel, Bresson nous décrit ce monde dans lequel on vit en quittant l’adolescence et en rentrant dans l’âge adulte. Ces vols auxquels il s’adonne sont un acte de révolte, un rejet de la société. Et pourtant on sent que sous ces actes de rébellion, il y a un désir constant de trouver sa place au monde. La finalité des forfaits de Michel est d’être pris. « Robert Bresson nous montre sans le moindre artifice d’intrigue ce vertige qui pousse le voleur dans la gueule du loup et les forces d’amour qui l’en sortent malgré les barreaux de sa cellule. » (Jean Cocteau à propose de PickpocketDu cinématographe). Michel s’enferme dans cette activité, se met consciemment à l’écart des autres et du monde. Quand il demande à son ami s’il aime Jeanne, et si elle l’aime en retour, au lieu de réagir à cette révélation, il enserre la montre qu’il vient de voler. « La montre était très belle. » Il se bâtit un véritable rempart.
 
 
L’émotion que procure le vol est alors bien plus forte que l’émotion que procure l’amour. « Je voulais rendre palpable que les chemins que nous prenons dans la vie ne conduisent pas toujours à destination. Je veux dire à la destination prévue. » Alors que Michel fait tout pour s’isoler, que sa vie se rétrécit, se réduisant à son petit appartement et à des gestes répétés, le chemin qu’il emprunte va, s’en qu’il s’en aperçoive, le faire entrer dans le monde. Le personnage de Jeanne est ce chemin, de l’agacement à la jalousie, du rejet à la responsabilité, jusqu’à ce que la révélation de son amour l’éclaire et le sauve. Si l’homme est bien au cœur de l’œuvre du cinéaste, sa principale préoccupation, la question de Dieu, est constamment évoquée. Pickpocket en est l’illustration parfaite comme Louis Malle l’évoque dans un magnifique article consacré au film. Michel c’est l’homme qui se révolte, orgueilleux. Dans un discours à l’Inspecteur principal, il expose sa théorie des être supérieurs, qui seraient au-dessus des lois. On croirait entendre Brandon Shaw dans The Rope d’Hitchcock. Michel veut transgresser les interdits, affronter Dieu. Ce Dieu, c’est l’Inspecteur, omniprésent, indulgent et terrible. Jacques est l’ange gardien. Et le parcours de Michel l’amène à la grâce divine qui prend le visage de Jeanne. Celle-ci est bien pâlotte au début, effacée, assez insignifiante. Mais doucement, sans explication, elle prend une beauté intérieure, elle resplendit et devient sublime.
 
Humain, spirituel ou moral, Pickpocket est un parcours, un voyage. Le dernier vol de Michel répond au premier. Même lieu, juste une inversion de la position de Michel qui passe de derrière sa victime à devant, position à l’image qui enferme le héros dans le temps du film. Position également qui rend inéluctable son cheminement dans le film mais qui dans le même temps lui confère un statut à part, parenthèse dans la vie de Michel. Celle-ci va véritablement reprendre à la fin du film au moment où débute son histoire avec Jeanne. Pickpocket est un simple préliminaire, un rêve, un songe.
1956 : UN CONDAMNÉ À MORT S'EST ÉCHAPPÉ

Un condamné à mort s'est échappé

 
   
 
1956
Avec : Francois LeTerrier (Lt Fontaine), Charles LeClainche (François Jost), Maurice Beerblock (Blanchet), Roland Monod (Le Pasteur), Jacques Ertaud (Orsini), Jean Paul Delhumeau (Hebrard). 1h42.
 
 
1943. Arrêté et interrogé par la police allemande pour actes de résistance, le lieutenant Fontaine est incarcéré au Fort de Montluc dans la région lyonnaise. Au cours de son transfert, il tente une évasion improvisée en sautant de la voiture conduite par un S.S.
Il est immédiatement repris. On l'enferme dans une cellule d'où il va, patiemment, obstinément, préparer une nouvelle fugue. S'étant débarrassé de ses menottes à l'aide d'une épingle, ayant transformé sa cuillère en outil, il entreprend de démonter la porte de son cachot. Il fait part de ses intentions aux rares détenus qu'il peut aborder aux heures de promenades et à la toilette.
Convoqué au siège de la Gestapo, les autorités lui apprennent sa condamnation à mort. Il est surpris et mécontent de s'apercevoir, lorsqu'il regagne sa cellule, qu'un autre détenu la partage : un adolescent farouche au regard ambigu qui pourrait bien être un espion, " un mouton " : Jost.
Un autre prisonnier s'échappe mais est aussitôt rattrapé. Avant d'être fusillé, il parvient à expliquer à Fontaine comment franchir le mur d'enceinte.
A l'aide de son matelas et de ses vêtements, Fontaine tresse une corde. Il hésite à faire confiance à son compagnon de cellule, mais finalement s'y résout. C'était le bon pari car, grâce à Jost, il réussit son évasion.
 
"Le film français le plus décisif de ces dix dernière années" déclarait François Truffaut au moment de la sortie de ce film sous-titré "Le vent souffle où il veut". On y trouve le goût de l'épure, de l'atonalité du phrasé et de l'austérité, l'attention aux sons qui seront les marques constantes de la mise en scène de Bresson.
Ce n'est pas un film réaliste (un acte héroïque dans un contexte donné) même si, comme le précise la plaque commémorative introductive, le film a été tourné dans les lieux authentiques de l'action. Il s'agit d'une quête métaphysique de la survie, de l'itinéraire d'une solitude et d'une foi au service de la volonté.

1983 : L'ArgentL'HISTOIRE
Suite au refus de son père de lui donner de l’argent, Norbert obtient un faux billet de 500 F. Accompagné de Martial, qui lui a fourni le faux billet, il va écouler l’argent chez un photographe. Ce dernier s’aperçoit trop tard de la supercherie et refile le billet à un livreur, Yvon. A partir de cet acte d’égoïsme si banal, un implacable engrenage se met en route qui va entraîner Yvon, le broyer
ANALYSE ET CRITIQUE
Robert Bresson prend comme point de départ pour son dernier film une nouvelle de Tolstoï, Le faux coupon. Mais c’est de nouveau à Dostoïevski que l’on pense tant le parcours d’Yvon ressemble à celui de Raskolnikov. Yvon ressemble à Michel de Pickpocket. Tout deux transgressent les lois, mais tandis que Michel est acteur de cette transgression, Yvon est emporté par une spirale qui le mène au mal. Bresson, alors âgé de 82 ans, doyen des cinéastes français, réalise un film d’une noirceur absolue. C’est une véritable haine qui éclate devant ce monde régit par l’argent, les fausses valeurs, la tromperie. Certainement, Bresson ne se reconnaît plus dans cette société française du début des années 1980. La publicité vente le luxe, l’argent gouverne le monde, les couvertures des magazines ne sont plus que célébration de la fortune. Il n’y a plus de place pour l’homme, juste pour l’apparence et le superficiel. Lucien, qui illustre un autre parcours criminel dans le film, se fond dans cette société. C’est un homme de son temps, sans scrupule, sans autre motivation que la satisfaction immédiate. Il ment, trompe, vole, et cette insouciance est en accord avec un monde où tout se vaut, tout s’achète. « L’Argent est réalisé contre l’indifférence des gens qui ne pensent qu’à eux et à leur famille. » C’est l’égoïsme des gens, leur lâcheté quotidienne, qui vont mener Yvon au crime. Yvon est d’abord une victime avant d’être un bourreau. Victime d’une société où le faux règne en roi. Faux billets, faux témoignages, faux coupables. Les actes s’enchaînent et il est évident que les actions d’Yvon auront des répercussions que le film n’évoque pas. Le mal est comme une chaîne qui parcourt le monde, et chaque crime en est maillon. Bresson observe le « cheminement tragique du mal ». Un individu ne naît pas mauvais et c’est ce que Bresson observe, décortique, cette route tragique que tout un chacun peut un jour emprunter.
 
 

Malgré cette noirceur rarement atteinte dans le cinéma de Bresson, il subsiste de l’espoir, de la croyance en l’homme, en la bonté. « Si ce n’était que de moi, je pardonnerais à tout le monde» dit la future victime à son assassin. Ce pardon est un sommet de son œuvre, magnifique, tétanisant, car le pardon est accordé avant la faute. Cette idée que le monde est plus grand et plus beau que le crime, que le mal, est magnifique, profondément humaniste. La rencontre d’Yvon et de la vieille dame est un passage extraordinaire. On sent que tout est possible, le rachat, le pardon. Rien n’est tout à fait joué, c’est à portée de main. Aider à étendre le linge, cueillir et offrir des noisettes, en silence, sans que la parole ne vienne perturber un échange purement humain. Mais l’animal est là. Un chien accompagne la vieille dame, témoin silencieux, qui rappelle celui qui apparaît lors de l’exécution de Jeanne. L’animal revêt une grande importance dans le monde de Bresson. Il vit dans le présent, est inconscience, pureté (« c’est un saint » dit une voix dans Au Hasard Balthazar pour décrire l’âne). Il y a de l’animalité chez Yvon dans cet oubli de ce qu’est la mort, cette indifférence au monde dans laquelle il a plongé.
 
Si L’Argent est peut-être le film le plus opaque de Bresson, sa mise en scène est éclatante d’apparente simplicité. Chaques plans se déroulent avec une évidence déconcertante, comme s’ils ne pouvaient être filmés et montés autrement, comme si Bresson n’avait pas d’autres choix que de réaliser le film tel qu’il est. Peut-être touchait-il enfin ce qu’il avait cherché toute sa vie, cette capture du monde dans toute sa complexité, son horreur et sa beauté.

L'argent

 
   
 
1983
Voir : Photogrammes
D'après Le faux coupon de Leon Tolstoi. Avec : Christian Patey (Yvon Targe), Vincent Risterucci (Lucien), Sylvie Van den Elsen (Vieille dame), Marc-Ernest Fourneau (Norbert), Didier Baussy (Photographe), Caroline Lang (Elise). 1h30.
 
 
Comme son père n'a pas voulu lui donner plus d'argent de poche que d'habitude, Norbert se fait passer par Martial un faux billet de 500 F. Afin d'avoir de la "vraie" monnaie, les deux jeunes gens vont écouler le billet chez un commerçant-photographe. Celui-ci, s'apercevant après coup que le billet est faux, va lui-même s'en débarrasser en le refilant à un jeune livreur, Yvon.
À partir de là, Yvon va être entraîné dans une suite d'événements dont il n'aura plus le contrôle : ayant donné le faux billet de 500 F à un restaurateur qui l'accuse de malhonnêteté, Yvon est ennuyé par la police. Il retourne avec les deux agents jusqu'au magasin du photographe d'où toute cette affaire est partie. Il espère que le commerçant l'innocentera mais le photographe feint, avec la complicité de son jeune employé Lucien, de n'avoir jamais vu Yvon. Ce dernier est jugé devant les tribunaux, mais heureusement relaxé.
Cependant, il perd son emploi. Il se laisse alors entraîner par des amis dans le hold-up d'une petite banque. La police les surprend. Yvon est arrêté et emprisonné. Sa femme Élise, qui vient le voir, au début en prison, lui fait savoir ensuite par lettre que leur enfant est mort de maladie et qu'elle ne viendra plus lui rendre visite, car elle compte " changer de vie". Yvon est bouleversé. Il tente de se suicider.
À sa sortie de prison, Yvon assassine un couple d'hôteliers pour voler leur argent. Puis il rencontre une femme qui vient de toucher sa pension à la poste. Il la suit. Cette femme lui donne à manger, le recueille. Elle aide le jeune homme; mais le père de cette femme, pianiste devenu alcoolique, se méfie d'Yvon. Finalement, celui-ci, encore sous le coup de ses malheurs, tue à la hache ceux qui l'ont ainsi hébergé et se rend à la police.
 
A l'enchaînement des circonstances qui pourraient être romanesques, Bresson substitue le cheminement tragique du mal. Le film se situe dans une perspective chrétienne où, pour retrouver la grâce, il faut être aller jusqu'au bout du malheur.
Il est toutefois peu probable que Bresson justifie l'assassinat de deux hôteliers et d'une famille pour le salut d'un seul. L'interprétation qui voudrait que Yvon soit touché par la grâce du fait des gouttes de sang qu'il reçoit de la vielle femme assassinée à la hache n'est guère plus convaincante.
Peut-être la grâce divine est-elle absente du dernier film de Bresson. L'argent omniprésent règle les comportements humains. "Il n'y a pas de règle tout est permis " se vente Lucien, le dandy, qui croit pouvoir être bon lorsqu'il est devenu riche. Pourtant l'argent impose sa loi : Lucien finira derrière les barreaux et ses vantardises empêcheront son évasion. L'argent se trafique partout en prison surtout, à table comme à la messe ; des cigarettes contre de la viande ou du parfum. Il peut soudainement aussi revenir comme un leitmotiv destructeur. Désespéré, désœuvré, Yvon chez la vieille femme cherche l'argent puis l'interroge sans conviction, mécaniquement avant de la tuer : " où est l'argent ? "
Yvon était un pur, refusant de ramper comme un chien devant son patron, insensible aux trafics de la prison. Excédé par une contamination du mal qu'il ne maîtrise pas, il se saisit d'une écumoire comme il se saisira de la hache. Le directeur de la prison est tristement prophétique lorsqu'il déclare : " Celui qui n'a tué personne est souvent plus dangereux que tel autre qui arrive chez nous après dix meurtres ".
Yvon ira donc jusqu'au bout de sa révolte et assassinera sans trouver la grâce. Le film se clôt par un plan des clients de l'auberge où Yvon vient de se livrer aux gendarmes. Ceux-ci ont ouvert la porte et emmenant Yvon menotté. Les clients ne semblent pourtant pas leur prêter attention. Ils attendent celui qui ressemblerait à un monstre. Ils fixent la porte dans cette attente du monstre meurtrier : il ne viendra pas. Le monstre sommeille en chacun de nous lorsque l'argent l'a corrompu et personne ne le reconnaît
Dans ce monde corrompu, seuls les êtres veules s'accommodent des trafics en tous genres, ouvrant la porte à ceux qu'ils viennent de voler (Lucien au client) ou dont ils ont reçu de l'argent pour leur mauvaise action (la photographe à la mère de Norbert). Le mal semble passer par les portes. Bresson reprend les principes des films d'horreur où on ne filme pas les visages pour suggérer le parcours d'un mal, invisible aux humains.

Dans ce monde corrompu , les plans de nature ménagent une pause. Avant le meurtre de la famille, Yvon est désespéré par la contamination du mal qui a réduit la veille femme à la servitude volontaire auprès d'une belle-famille qui l'exploite et d'un père alcoolique. La discussion près du lavoir et les noisettes délicatement cueillies et offertes sont l'un des rares moments de répit de ce film empli d'une froide colère.

Jean-Luc Lacuve le 08/06/2006.

3.Robert Bresson (dict.Larousse du cinéma)








DICT. LAROUSSE DU CINÉMA

BRESSON (Robert)

cinéaste français (Bromont-Lamothe 1901 - Droué-sur-Drouette 1999).
D'abord peintre, il vient au cinéma et réalise en 1934 un moyen métrage « d'un comique fou », Affaires publiques, « trois journées d'un dictateur imaginaire », selon ses propres définitions. Puis il figure au générique des Jumeaux de Brighton (C. Heymann, 1936) et de Courrier Sud (P. Billon, 1937) en tant que coscénariste et coadaptateur, mais Michel Estève, son meilleur biographe, écrit que sa participation à ces deux films n'aurait été que symbolique. Il collabore en 1939, pendant quelques jours seulement, à l'adaptation d'un projet de René Clair, Air pur, que la guerre empêchera de réaliser. Ce n'est qu'en 1943, après plus d'un an de captivité en Allemagne, qu'il réalise son vrai premier film, les Anges du péché.
Robert Bresson occupe une place tout à fait à part dans le cinéma français : il est inclassable et ne peut être rattaché à aucune école, à aucun mouvement. C'est un artiste solitaire, silencieux, secret. Il a publié, sous le titre Notes sur le cinématographe, un recueil d'aphorismes où il expose ses principes artistiques avec sincérité et certitude. C'est un perfectionniste, aussi bien dans son expression verbale que dans ses méthodes de travail ; il s'applique à ne jamais désigner le 7e art autrement que par le terme cinématographe, le cinéman'étant pour lui que du « théâtre photographié ». Il y a, écrit-il, « deux sortes de films : ceux qui emploient les moyens du théâtre (acteurs, mise en scène, etc.) et se servent de la caméra afin de reproduire ; ceux qui emploient les moyens du cinématographe et se servent de la caméra afin de créer ». On lui doit aussi cette définition, où l'on trouve un écho de la formule d'Abel Gance, cet autre artiste exclusif : « Le cinématographe est une écriture avec des images en mouvement et des sons. »
La plupart des admirateurs de Bresson s'accordent à voir dans Pickpocket (1959) son film le plus pur et le plus parfait. Mais ce film est l'aboutissement d'une évolution caractéristique vers le dépouillement et l'abstraction. Ses deux premiers films, les Anges du péché (1943) et les Dames du bois de Boulogne (1945), relèvent encore de l'esthétique et de la dramaturgie dominantes dans la production française de l'époque (et de toujours) : emploi d'acteurs professionnels (dont la plupart sont aussi des acteurs de théâtre) ; recours à des dialogues littéraires (dus à Jean Giraudoux dans le premier, à Jean Cocteau dans le second) ; pratique d'images très élaborées et très dramatisées par la mise en œuvre d'éclairages savants (elles sont dues, dans les deux cas, à Philippe Agostini, grand spécialiste de la photographie esthétisante).Le tournant est pris avec le Journal d'un curé de campagne (1951) : on y constate une rupture complète avec la littérature, le roman de Bernanos y étant repensé en fonction du « cinématographe ». Les dialogues, dus au réalisateur même, y obéissent déjà au principe de neutralité dramatique et tonale qui sera désormais sa règle d'or ; quant aux images, bien qu'encore marquées par une certaine dramatisation (elles sont signées par Léonce-Henri Burel, qui fut l'opérateur de Gance), elles évoluent vers les deux caractéristiques par lesquelles Bresson a défini son idéal en la matière : « aplaties » et « insignifiantes (non signifiantes) ». Le tournant est définitivement pris avecUn condamné à mort s'est échappé (1956), où la parole (le son) et l'image s'équilibrent dans la même neutralité esthétique et dramatique. Autre signe de cette rupture : écrite pour les trois premiers films par un compositeur contemporain (Jean-Jacques Grünenwald) et marquée par un certain lyrisme, la musique est cette fois empruntée à Mozart et utilisée avec parcimonie, dans une perspective de contribution à la dédramatisationplastique et tonale de l'œuvre.
Pickpocket apparaît ainsi comme l'aboutissement du processus d'ascèse qui caractérise l'esthétique bressonienne. La photo de Burel, la musique de Lully concourent à ce dépouillement. C'est en outre le premier scénario original de Bresson et il a toute liberté d'y mettre en œuvre les traits spécifiques de son style (« Style : tout ce qui n'est pas la technique  », écrit-il) : il gomme rigoureusement toutes les impuretés de la représentation pour parvenir à une totale stylisation du figuratif, il suggère (en général par des plans de détail ou des inserts) plus qu'il ne le décrit le monde extérieur qui sert de cadre à l'action, il écarte toute psychologie descriptive (« celle qui ne découvre que ce qu'elle peut expliquer ») au profit d'une approche inhabituelle des corps « à l'affût des mouvements les plus insensibles, les plus intérieurs ».
Son refus de « toute psychologie théâtrale ou romanesque » se caractérise désormais par un recours systématique aux acteurs non professionnels, choisis parmi ses amis ou dans la rue pour leur seule apparence physique ou pour ce que leur visage reflète de vie intérieure, acteurs qu'il triture, qu'il torture jusqu'à obtenir d'eux, au prix parfois de plusieurs dizaines de prises, cette voix blanche, ce ton monocorde qui sont, pour le spectateur réticent, la plus discutable caractéristique de son esthétique. Il choisit désormais ceux qu'il appelle ses modèles, non pas pour leur faire jouer un personnage mais pour leur faire extraire d'eux-mêmes la personnalité en fonction de laquelle il les a élus ; il les laisse ensuite si vidés de leur propre substance que la plupart d'entre eux ne pourront jouer aucun autre rôle important à l'écran : ainsi en a-t-il été de Claude Laydu (le curé de campagne), de François Leterrier (le condamné à mort), de Martin Lassalle (le pickpocket), de Florence Delay (Jeanne d'Arc), cependant que d'autres sont parvenus à surmonter ce traitement de choc et à faire carrière : Anne Wiazemsky(Au hasard Balthazar), Dominique Sanda (Une femme douce), par exemple.
Après Pickpocket, les œuvres maîtresses se suivent : le Procès de Jeanne d'Arc (1962), Au hasard Balthazar(1966), Mouchette (1967). Ce sont sans nul doute Pickpocket et le Procès qui répondent le mieux à l'extraordinaire principe que le cinéaste formule dans ses Notes : « Bâtis ton film sur du blanc, sur le silence et l'immobilité. » Principe qu'il faut compléter par celui-ci : « Vois ton film comme une combinaison de lignes et de volumes en mouvement en dehors de ce qu'il figure et signifie. » Cette recherche de l'absolu pourrait sembler prétentieuse et insensée si elle ne se traduisait en des œuvres où s'épanouissent une beauté singulière, une humanité vibrante, et qui s'offrent dans toute leur splendeur et leur hauteur au spectateur désireux et capable de franchir le mur de silence et d'immobilité qui les protège des vulgarités du « cinéma ». Car la jouissance très désincarnée que procurent ces films est de l'ordre de l'esthétique (c'est-à-dire de la sensation) et non du sentiment ; elle naît, non pas du pathétique des situations, mais du bonheur d'un discours filmique rigoureusement élaboré (« Ne cours pas après la poésie. Elle pénètre toute seule par les jointures » [c'est-à-dire par les ellipses]).
Quant à la thématique bressonienne fondamentale, celle de la rédemption, elle court comme un fil rouge tout au long de son œuvre. Chrétien janséniste, Bresson croit à la grâce qui permet à certains êtres d'exception de trouver le rachat de leurs fautes à l'instant de la mort, acceptée ou désirée comme une délivrance : Thérèse (Jany Holt, dans les Anges du péché), Agnès (Élina Labourdette, dans les Dames du bois de Boulogne), le curé d'Ambricourt (qui termine son Journal en écrivant : « Tout est grâce »), Jeanne d'Arc, Mouchette (Nadine Nortier) sont de ces êtres qui se consument au long d'un calvaire physique et moral qui prend nettement, dans le cas du curé de campagne, les allures d'un itinéraire christique avec ses plaies et ses stigmates. Et ce cheminement de la grâce, Bresson le retrouve chez Dostoïevski, dont il « adapte » deux nouvelles avec Une femme douce (1969) et Quatre Nuits d'un rêveur (1971) et dont on pouvait déjà entrevoir l'inspiration dans Pickpocket (« Quel chemin il m'a fallu parcourir pour arriver jusqu'à toi »). Ses derniers films, Lancelot du lac(1974), le Diable probablement (1977) et l'Argent (1983 — qui, bien qu'adapté d'une nouvelle de Tolstoï, appelle à nouveau la référence à Dostoïevski quant au cheminement de la grâce chez un criminel racheté par l'horreur même de son geste), restent fidèles à la ligne thématique qui a conduit le cinéaste, dans treize films en marge de toutes les modes (fût-ce au risque de préciosités qui irritent ses détracteurs), à mettre en scène des personnages animés par la passion de la liberté spirituelle et à « s'efforcer d'atteindre le réel au-delà du réel » (Michel Estève).▲

2. ROBERT BRESSON: filmografia

2. ROBERT BRESSON
(1901-1999)
13 films
  
4
6
histoire du cinéma : abstraction lyrique
I- Mise en scène
Deleuze fait de Robert Bresson l'un des grands cinéastes de l'abstraction lyrique. Celui qui utilise pleinement la présentation de l'image-affection dans un espace quelconque, ce que le philosophe propose de nommer, à la suite de Pierce, Qualisigne (ou Potisigne). Bresson se différencie ainsi par exemple de Bergman qui utilise principalement l'autre signe de l'image-affection, l'icône, entendu comme l'expression d'une qualité-puissance par un visage.
Le Qualisigne (ou Potisigne), c'est une potentialité. Le montage fait que les plans différents peuvent se raccorder d'une infinité de manières et, n'étant pas orientés les uns par rapport aux autres, constituent l'ensemble des singularités qui se conjuguent dans l'espace quelconque. Ce n'est pas un concept, c'est un ensemble de singularités qui présente les choses ou les personnages tels qu'ils sont en soi, pure puissance ou qualité qui les conjugue sans abstraction sous toutes les formes possibles et compose l'espace quelconque correspondant. C'est un affect, et rien ne s'oppose davantage à une idée abstraite et générale bien qu'il ne soit pas actualisée dans un état de chose individuel.
L'espace n'est plus tel ou tel espace déterminé, il est devenu espace quelconque, suivant un terme de Pascal Augé. Certes, Bresson n'invente pas les espaces quelconques, bien qu'il en construise pour son compte à sa manière. Augé préférait en chercher la source dans le cinéma expérimental. Mais on pourrait dire également qu'ils sont aussi vieux que le cinéma. Un espace quelconque n'est pas un universel abstrait, en tout temps, en tout lieu. C'est un espace parfaitement singulier, qui a seulement perdu son homogénéité, c'est à dire le principe de ses rapports métriques ou la connexion de ses propres parties, si bien que les raccordements peuvent se faire d'une infinité de façons.
Bresson constuit ainsi un espace morceau par morceau, de valeur tactile où la main finit par prendre la fonction directrice qui lui revient dans Pickpocket, détrônant le visage. La loi de cet espace est "fragmentation" (De la FRAGMENTATION : elle est indispensable si on ne veut pas tomber dans la REPRESENTATION. Voir les êtres et les choses dans leurs parties séparables. Isoler ces parties. Les rendre indépendantes afin de leur donner une nouvelle dépendance, NslC, p.95-96). Les tables et les portes ne sont pas données entières. La chambre de Jeanne et la salle du tribunal, la cellule du condamné à mort, ne sont pas données dans des plans d'ensemble, mais appréhendées successivement suivant des raccords qui en font à chaque fois une réalité fermée, mais à l'infini. D'où le rôle spécial des décadrages. Le monde extérieur lui-même n'apparait donc pas différent d'une cellule, telle la forêt aquarium de Lancelot du lac. C'est comme si l'esprit se heurtait à chaque partie comme à un angle fermé, mais jouissant d'une liberté manuelle dans le raccordement des parties.
Au sein des deux sortes d'image-affection, d'une part la qualité puissance exprimée par un visage ou un équivalent; mais d'autre part la qualité-puissance exposée dans un espace quelconque, la seconde est peut-être plus fine que la première, plus apte à dégager la naissance, le cheminement et la propagation de l'affect (...) Dès que nous quittons le visage et le gros plan, dès que nous considérons des plans complexes qui débordent la distinction trop simple entre gros plan, plan moyen et plan d'ensemble, il semble que nous entrions dans un "système des émotions" beaucoup plus subtil et différencié, moins facile à identifier, propre à induire des affects non humains.
Chez Bresson, Il y a les hommes gris de l'incertitude (Le Lancelot de Bresson ou même Pickpocket dont le titre prévu était précisément Incertitude. Il y a les créatures du mal, nombreuses : la vengeance d'Hélène dans Les dames du Bois de Boulogne, la méchanceté de Gérard dans Au hasard Balthazar, les vols du Pickpocket, les crimes d'Yvon dans L'argent. Et dans son extrême jansénisme, Bresson montre la  même infamie du côtés des œuvres, c'est à dire du côté du mal et du bien : dans L'argent, le dévot Lucien n'exercera la charité qu'en fonction du faux témoignage et du vol qu'il s'est donné comme condition, tandis qu'Yvon ne se lance dans le crime qu'à partir de la condition de l'autre. Mais pourquoi n'y aurait-il pas plutôt qu'un choix du mal, qui serait encore désir, un choix pour le mal en toute connaissance de cause ? La réponse de Bresson est la même que celle du Méphisto de Goethe ; nous autres, diables ou vampires, nous sommes libres pour le premier acte mais déjà esclaves pour le second. C'est ce que dit (moins bien) le bons sens, tout comme le commissaire de Pickpocket : "On ne s'arrête pas", vous avez choisi une situation qui ne vous permet déjà plus de choisir. C'est en ce sens que les trois types de personnages précédents font partie du faux choix, de ce choix qui ne se fait qu'à condition de nier qu'il y ait le choix (ou qu'il y a encore le choix). On comprend du coup, du point de vue de l'abstraction lyrique, ce qu'est le choix, la conscience du choix comme ferme détermination spirituelle. Ce n'est pas le choix du bien pas plus que du mal; c'est un choix qui ne se définit pas par ce qu'il choisit, mais par la puissance qu'il possède de pouvoir recommencer à chaque instant, se recommencer soi-même, et se confirmer ainsi par soi-même. Le personnage du vrai choix s'est trouvé dans le sacrifice ou retrouvé par-delà le sacrifice qui ne cesse d'être recommencement : chez Bresson c'est Jeanne d'arc, c'est Le condamné à mort, c'est Le curé de campagne.... Et Bresson ajoute encore un cinquième type de personnage : la bête ou l'Ane dans Au hasard Balthazar. Ayant l'innocence de celui qui n'est pas en état de choisir, l'âne ne connait que l'effet des non-choix ou les choix de l'homme, c'est à dire la face des évènements qui s'accomplit dans les corps et les meurtrit, sans pouvoir atteindre (mais sans pouvoir trahir non plus) la part de ce qui déborde l'accomplissement, ou la détermination spirituelle. Ainsi l'âne est l'objet préféré de la méchanceté des hommes, mais aussi l'union préférentielle du Christ ou de l'homme du choix.
II- Biographie
Robert Bresson est né en 1901 à Bromont-Lamothe, Puy-De-Dôme. Il est le fils d'un officier et commence une carrière de peintre avant de faire son premier film, un court métrage, en 1934 : Publiques d'Affaires.
Bresson réalise son premier long métrage, Les Anges du péché, en 1943 pendant l’occupation Nazi. Bien que ce film lui ait gagné le prestige considérable son film suivant, Les Dames du Bois de Boulogne (1945), basé sur une adaptation de Diderot, est mal reçu par le public et est un échec commercial.
Après un haitus de cinq ans, Bresson revient au cinéma avec Journal d'un curé de campagne (1951). Ce film donne à Bresson la réputation d’un des plus grands réalisateurs de sa génération. Avec ce film, il invente un style austère, unique et puissant, qu'aucun autre réalisateur ne parvient à égaler.
En 1956, Bresson dirige son plus célèbre et peut-être son meilleur film, Un condamné à mort s’est échappé. Bresson se concentre sur les détails intimes d'une histoire, souvent le resultat d’un événement plus que l’événement lui-même. C'est ce style que Bresson raffinera à la perfection jusqu'à son dernier film, L'Argent.
Le cinéma de Bresson est souvent marqué par l'interaction entre le monde intérieur de l'esprit et de la réalité externe d'un monde physique brutal. C'est particulièrement évident dans Journal d'un curé de campagne, où les pensées du jeune curé solitaire sont transmises à nous quand il écrit son journal intime, tandis qu'il lutte contre une maladie débilitante et un rejet social de ses paroissiens.
Les autres thèmes significatifs des films de Bresson sont la prise d'un individu par un destin inéluctable - le meilleur exemple étant L'Argent - et la capacité de l'esprit humain de supporter des difficultés physiques injustes (Procès de Jeanne d'Arc et Au hasard Balthazar). Ces thèmes ne sont pas essentiellment religieux mais plutôt, des éléments du religieux qui nous emmènent à une analyse plus profonde du psyche humain.
Un autre dispositif distinctif des films de Bresson est l'utilisation d'acteurs non-professionnels. Bresson a préféré former ses propres acteurs (qu'il a nommés des 'modèles') au lieu d’engager des acteurs professionnels. Ceci lui a permis de créer un réalisme particulier reposant sur l'intensité des sentiments intimes et basé sur une grande précision de description.
Dans une carrière de 40 ans, Bresson n’a fait que 13 longs métrages. Aucun de ses films n'a été un grand succès commercial, mais chacun d'eux a d'ardents défenseurs parmi les cinéphiles. Bresson a reçu le prix spécial au festival de Cannes en 1962 pour Procès de Jeanne d'Arc et le grand prix à Cannes en 1983 pour L'Argent.
3- Bibliographie
Notes sur le cinématographeRobert Bresson, Notes sur le cinématographe, 1975
L'image mouvementGilles Deleuze, L'image mouvement, chapitre 7, 1983
Lancelot du lacVincent Amiel, Lancelot du lac de Robert Bresson, 2014
4-Filmographie :
Court-métrage : 1934 : Affaires publiques
Longs-métrages :
1943Les anges du péché  
Avec : Renée Faure (Anne-Marie Lamaury), Jany Holt (Thérèse), Sylvie (La prieure), Mila Parély (Madeleine), Marie-Hélène Dasté (Mère Saint-Jean), Yolande Laffon (Madame Lamaury).NB. 1h36.
Anne-Marie, une jeune fille du monde, choisit pour entrer en religion, le couvent des Dominicaines de Béthanie, congrégation au service des détenues, dont bon nombre de novices sont des "réhabilitées" sortant de prison. Au cours d'une visite à la prison, Anne-Marie remarque Thérèse, une détenue particulièrement aigrie et rétive à toute influence. À sa sortie de prison, Anne-Marie lui propose de la rejoindre au couvent. Elle refuse mais revient s'y réfugier, après avoir tué son amant, responsable du vol pour lequel elle avait été condamnée. Anne-Marie l'accueille avec une joie triomphante et veut en faire son "élève en béatitude"....
  
1945Les dames du bois de Boulogne 
Avec : Paul Bernard (Jean), Maria Casares (Helène), Elina Labourdette (Agnès). NB. 1h35.
Hélène, une jeune veuve, sent que l'amour de Jean son amant lui échappe : Pour vérifier ses soupçons elle feint elle-même de lui avouer son indifférence. Jean lui avoue alors qu'il ne tient plus à elle. Ils se quittent. Hélène ne songe plus qu'à se venger. Elle s'arrange pour que Jean rencontre par hasard au bois de Boulogne une danseuse, Agnès fille de l'une de ses anciennes relations ruinées. Pour survivre et faire vivre sa trière, Agnès accepte de temps en temps les hommages des hommes...
  
1951Journal d'un curé de campagne  
Avec : Claude Laydu (Ambricourt), Jean Riveyre (Le comte), Marie-Monique Arkell (la comtesse), André Guibert (Le curé). 2h00.
Un jeune prêtre gravement malade sans le savoir arrive dans sa première paroisse, Ambricourt. Il est animé d'un zèle dévorant mais se heurte à l'incompréhension de ses paroissiens. Les enfants du catéchisme se dérobent avec une perversité inconsciente. Le châtelain, sur qui il espère s'appuyer, se ferme dès qu'il est question de sa liaison avec l'institutrice....
  
1956Un condamné à mort s'est échappé 
Avec : Francois LeTerrier (Lt Fontaine), Charles LeClainche (François Jost), Maurice Beerblock (Blanchet). NB. 1h42.
1943. Arrêté et interrogé par la police allemande pour actes de résistance, le lieutenant Fontaine est incarcéré au Fort de Montluc dans la région lyonnaise. Au cours de son transfert, il tente une évasion improvisée en sautant de la voiture conduite par un S.S.
Il est immédiatement repris. On l'enferme dans une cellule d'où il va, patiemment, obstinément, préparer une nouvelle fugue...
  
1959Pickpocket 
Avec : Martin La Salle (Michel), Marika Green (Jeanne), Jean Pélégri (Inspecteur de police), Dolly Scal (Mère de Michel) . NB. 1h15.
Michel est un jeune homme solitaire qui, pour " dominer le monde " comme il le dit lui-même, vole, un jour, sur un champ de courses, le sac à main d'une femme. Certes, il a vaincu sa peur, mais il se retrouve au commissariat, d'où on le libère aussitôt.
Michel évite de rendre visite à sa mère malade, qu'une jeune voisine, Jeanne, soigne, bien consciente que la vieille dame n'a d'autre véritable besoin que celui de voir son fils. Mais celui-ci a d'autres préoccupations. Il exprime au commissaire déjà rencontré après son premier vol, sa théorie selon laquelle certains êtres d'élite auraient le droit d'échapper aux lois...
  
1962Procès de Jeanne d'Arc  
Avec : Florence Carrez (Jeanne d'Arc), Jean-Claude Fourneau (Bishop Cauchon), Marc Jacquier (Jean Lemaître). NB. 1h05.
Un préambule au générique montre la mère de Jeanne d'Arc qui, en 1456, vient lire devant les prélats assemblés à Notre-Dame de Paris une requête pour la révision du procès de sa fille. Puis retour à Rouen en 1431 pour le procès. Devant ses juges partagés, Jeanne fait face avec simplicité en affirmant l'authenticité de sa mission; les Anglais qui veulent sa perte se livrent à de sourdes pressions. Scènes de prison. Abjuration de Jeanne au cimetière de Rouen. Rétractation de Jeanne. Condamnée pour parjure, elle meurt sur le bûcher.
  
1966
Avec : Anne Wiazemsky (Marie), François Lafarge (Gérard), Philippe Asselin (Le père de Marie) . NB. 1h35.
Les premières années de l'âne Balthazar ont été heureuses, en compagnie de Marie, petite fille du Pays Basque, et de Jacques, son compagnon de vacances parisien. Plus tard, des problèmes sont apparus entre les parents des deux enfants et tout le monde en souffre, y compris l'âne que Marie délaisse. Un boulanger achète Balthazar pour porter le pain que livre Gérard, un jeune voyou qui n'a aucun mal à séduire Marie. Balthazar est maltraité par Gérard, puis par Arnold, un vagabond soupçonné d'un assassinat dans lequel Gérard et sa bande ont peut-être trempé. L'âne s'enfuit et se réfugie dans un cirque où on le dresse...
  
1967Mouchette 
D’après le roman de Georges Bernanos. Avec : Nadine Nortier (Mouchette), Jean-Claude Guilbert (Arsène), Maria Cardinal (La mère de Mouchette), Paul Hébert (Le père de Mouchette). NB. 1h18.
Mouchette est une adolescente, presque une enfant, qui vit à la campagne la vie des gens très pauvres et solitaires. Elle va à l'école sans plaisir, soigne sa mère très malade, s'occupe de son petit frère et de cent autres tâches domestiques. Le père et le grand-frère de Mouchette s'enivrent volontiers (comme la plupart des gens du pays) et font de drôles de trafics avec le bistrot du village.
  
1969Une femme douce 
Avec : Dominique Sanda (Elle), Guy Frangin (Lui), Jane Lobre (Anna). 1h27.
Un jeune homme, Luc, devant le cadavre de son épouse qui vient de se suicider, se remémore leur vie passée et s’efforce de comprendre les raisons de son geste. " Je voudrais prier, dit-il, et je ne peux que penser. " Quand il la rencontra, c’était une jeune fille de condition modeste qui venait vendre de menus objets dans sa boutique de prêteur sur gages. Peu après, il lui demandait sa main, en faisant valoir tout ce que sa riche situation pouvait lui apporter...
  
1971Quatre nuits d'un rêveur 
Avec : Isabelle Weingarten (Marthe), Guillaume des Forêts (Jacques), Maurice Monnoyer (l’amant). 1h27.
Une nuit, Jacques qui se promène sur le Pont-Neuf, croise une jeune fille au comportement étrange. Il s'arrête, la regarde ; elle a enjambé le parapet et est sur le point de se jeter à l'eau. Jacques l'en empêche. lis font connaissance. Elle s'appelle Marthe. Ils se donnent rendez-vous le lendemain soir...
  
1974Lancelot du lac  
Avec : Luc Simon (Lancelot du Lac), Laura Duke Condominas (Guinevere), Humbert Balsan (Guauvain), Vladimir Antolek-Oresek (King Arthur), Patrick Bernard (Mordred). 1h35.
Au cours de leur vaine quête du Graal - le vase contenant le sang du Christ - les chevaliers du roi Artus, conduits par le vaillant Lancelot, ont été décimés dans de sauvages combats. Leur retour au château royal clôt dans une atmosphère de désastre ce cruel épisode guerrier. Les chevaliers sont voués à l'inaction et le désespoir les guette; la table ronde de leurs réunions n'a plus de raison d'être. Même Lancelot est en proie au doute : il croit que Dieu l'a puni d'aimer la reine Guenièvre et qu'il doit sacrifier cet amour. Guenièvre tente de le convaincre de renoncer à la guerre...
  
1977Le diable probablement 
Avec : Antoine Monnier (Charles), Tina Irissari (Alberte), Henri de Maublanc (Michel), Laetitia Carcano (Edwige).1h35.
Un garçon d'une vingtaine d'années est découvert, mort, dans une allée du cimetière du Père-Lachaise. Il a deux balles dans la tête : l'a-t-on assassiné, s'est-il suicidé ?
Il s'appelait Charles. Il menait semble-t-il, la vie des jeunes gens de son époque. Entouré d'amis, il passait de nombreuses heures en discussions sans fin sur les dangers qui menacent le monde: pollution, gaspillage des ressources naturelles, décomposition du tissu social, famine, guerre...
  
1983L'argent 
Avec : Christian Patey (Yvon Targe), Vincent Risterucci (Lucien), Sylvie Van den Elsen (Vieille dame), Marc-Ernest Fourneau (Norbert), Didier Baussy (Photographe), Caroline Lang (Elise). 1h30.
Comme son père n'a pas voulu lui donner plus d'argent de poche que d'habitude, Norbert se fait passer par Martial un faux billet de 500 F. Afin d'avoir de la " vraie " monnaie, les deux jeunes gens vont écouler le billet chez un commerçant-photographe. Celui-ci, s'apercevant après coup que le billet est faux, va lui-même s'en débarrasser en le refilant à un jeune livreur, Yvon...